Norvège. Le Parlement doit saisir l'occasion d’épargner à des Afghans les horreurs de la guerre

Le Parlement norvégien a l’occasion de protéger des personnes cherchant à fuir les horreurs de la guerre en votant en faveur de la suspension temporaire de tous les renvois vers l’Afghanistan, a déclaré Amnesty International le 13 novembre 2017.

« Alors que la situation en matière de sécurité en Afghanistan continue de se détériorer, les Afghans qui ont demandé l’asile en Norvège vont suivre ce vote avec, a déclaré Maria Serrano, chargée de campagne sur les migrations à Amnesty International.

« Nous demandons au gouvernement norvégien de ne pas suivre la tendance en Europe qui se traduit par une nette hausse du nombre d’Afghans renvoyés de force vers une situation de danger. La Norvège assiérait ainsi sa réputation de pays qui défend les droits humains et se mobilise pour les personnes fuyant la guerre et les persécutions. »

Début novembre, la ministre norvégienne des Migrations et de l’Intégration Sylvi Listhaug a reconnu qu’elle-même n’irait pas en Afghanistan parce que c’est trop dangereux. Pourtant, alors que le nombre de victimes civiles dans le pays atteint des records, le gouvernement norvégien continue de condamner de nombreux Afghans à la peur, à l’incertitude et au risque de violations des droits humains en les renvoyant en Afghanistan.

Selon Eurostat, la Norvège a renvoyé 760 personnes en Afghanistan en 2016, et 172 au cours du premier semestre 2017.


Amnesty International soutient une campagne initiée par un groupe d’adolescents norvégiens, qui se démènent pour protéger leur camarade de classe Taibeh Abbasi, menacée d’expulsion vers l’Afghanistan.

Taibeh, 18 ans, est née en Iran de parents afghans. Elle n’est jamais allée en Afghanistan, car sa famille a fui l’Iran pour la Norvège en 2012. Elle a déclaré à Amnesty International être terrifiée par ce que peut lui réserver l’avenir si elle est renvoyée à Kaboul, la province la plus dangereuse du pays, où les violations des droits humains sont monnaie courante.

Ces dernières semaines, des centaines de personnes ont été tuées et blessées dans le cadre d’une vague d’attentats qui a frappé la capitale afghane. Depuis quelques années, l’ambassade norvégienne très fortifiée a aussi été attaquée et a dû fermer face aux menaces.

« Il y a des milliers d’adolescents comme Taibeh, en Norvège et à travers l’Europe, qui vivent dans la crainte d’entendre le coup de sonnette qui bouleversera leurs vies pour toujours. Plutôt que d’arracher des jeunes à des foyers où ils vivent en sécurité pour les envoyer dans des zones de guerre, les gouvernements européens devraient les aider à construire leur vie dans la sécurité et la dignité, a déclaré Maria Serrano.

« Aujourd’hui, les parlementaires norvégiens ont l’occasion de fixer la norme pour l’Europe et d’adresser le message suivant : protéger les droits humains doit être au cœur de toute politique migratoire. Nous leur demandons de faire preuve de bon sens et de voter la suspension de ces renvois, qui exposeront les personnes concernées à de graves risques et dangers, en violation flagrante du droit international. »

Le 14 novembre, les parlementaires exprimeront leur vote sur une motion proposée par le Parti socialiste de gauche.

Complément d’information

Selon la Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA), 11 418 personnes ont été tuées ou blessées en Afghanistan en 2016. Des civils ont été pris pour cible dans toutes les régions du pays. La plupart des attaques ont été perpétrées par des groupes armés, notamment par les talibans et le groupe se faisant appeler État islamique (EI). Au cours du seul premier semestre 2017, la MANUA a recensé 5 243 victimes civiles.

En vertu du principe de non-refoulement, qui a un caractère contraignant en droit international, les États européens ne peuvent transférer qui que ce soit dans un endroit où il existe un risque réel de graves violations des droits humains. Renvoyer des demandeurs d’asile en Afghanistan vers le danger et les persécutions alors même que ce pays est en proie à une escalade de la violence constitue une violation du droit international.


Source: amnesty.org

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