Yémen. Les armes fournies par les États-Unis et le Royaume-Uni à la coalition menée par l'Arabie saoudite tuent et blessent des civils

L’attaque menée par la coalition conduite par l’Arabie saoudite avec une bombe de fabrication américaine, qui a détruit la maison de civils et tué ou blessé six membres de cette famille, est le dernier exemple en date d’une longue série de possibles crimes de guerre recensés par Amnesty International depuis le début du terrible conflit qui ravage le Yémen.

Amnesty International rassemble des informations sur les nombreuses violations du droit international commises par toutes les parties au conflit depuis le début de la campagne de frappes aériennes contre le groupe armé houthi, le 25 mars 2015.

« Trois ans se sont depuis écoulés et le conflit au Yémen ne montre aucun signe d’apaisement ; toutes les parties à ce conflit continuent d’infliger de terribles souffrances à la population civile. Les écoles et les hôpitaux sont en ruines, des milliers de personnes ont perdu la vie, et des millions ont été déplacées et ont absolument besoin d’une aide humanitaire, a déclaré Lynn Maalouf, directrice des recherches pour le Moyen-Orient à Amnesty International.


« Nous avons de plus en plus de preuves que les transferts d’armes irresponsables vers la coalition menée par l’Arabie saoudite ont causé d’énormes préjudices à la population civile yéménite. Mais cela n’empêche pas les États-Unis, le Royaume-Uni et d’autres États, dont la France, l’Espagne et l’Italie, de continuer de procéder à des transferts d’armes représentant des milliards de dollars. Ces transferts ont pour effet non seulement de détruire des vies humaines, mais aussi de tourner en ridicule le Traité sur le commerce des armes. »

Les frappes aériennes de la coalition menée par l’Arabie saoudite

Le 27 janvier 2018, entre 6 heures et 8 heures du matin, une frappe aérienne de la coalition menée par l’Arabie saoudite a détruit la maison de civils à al Rakab (gouvernorat de Taizz, dans le sud du Yémen). Les six membres de la famille Naji, qui y vivaient, ont tous été touchés : la mère, Roweyda, et deux de ses fils, âgés de 10 et six ans, ont été tués ; le père, Riyad, et son fils âgé de trois ans ont été blessés à l’estomac par des éclats d’obus, et sa petite fille d’un an a subi des blessures légères.

Amin Mohamad Naji, un proche de la famille, est arrivé sur les lieux 10 minutes après la frappe aérienne. Il a déclaré à Amnesty International : « J’ai aidé les autres à secourir les blessés et à dégager [les corps] coincés sous les décombres. Quand je suis arrivé, j’ai vu la maison détruite [deux] des enfants se trouvaient sous les décombres, ils étaient morts, et la femme de mon frère était morte, elle aussi. Mon frère Riyad et deux de ses enfants ont été grièvement blessés. »

Selon des témoins, ce site se situait à au moins trois kilomètres de tout objectif militaire, et aucun combattant n’était présent sur les lieux au moment de l’attaque. Amnesty International a examiné une vidéo enregistrée après la frappe aérienne et confirmé que l’arme utilisée est une bombe GBU-12 à guidage laser de 500 livres fabriquée aux États-Unis par Lockheed Martin.

Une attaque menée de nuit en août 2017 par la coalition conduite par l’Arabie saoudite contre un quartier résidentiel du sud de Sanaa a fait 16 morts et 17 blessés, tous civils. La majorité des victimes étaient des enfants. En ce qui concerne cette attaque, Amnesty International est également parvenue à la conclusion que l’arme utilisée pour frapper un immeuble d’habitation civil était une bombe fabriquée aux États-Unis par Raytheon.

Il ne s’agit pas de cas isolés, loin de là. Depuis le début du conflit, Amnesty International a rassemblé des informations sur 36 frappes aériennes de la coalition qui constituent manifestement des violations du droit international humanitaire, et dont un grand nombre pourraient être des crimes de guerre. Ces frappes ont fait 513 morts (dont au moins 157 enfants) et 379 blessés parmi la population civile.

Violations commises par les Houthis et d’autres forces terrestres

Le groupe armé houthi et les forces opposées aux Houthis ont tué ou blessé des civils en utilisant sans discernement des munitions explosives à large champ d’action contre des zones résidentielles. La ville de Taizz, en particulier, a été la cible de violentes attaques, en janvier et février 2018, avec des tirs de mortiers et d’obus.

À Sanaa et dans d’autres zones qu’ils contrôlent, les Houthis et leurs alliés continuent d’arrêter et de placer en détention de manière arbitraire ceux qu’ils considèrent comme des opposants. Un grand nombre d’hommes et de femmes ont été soumis à une disparition forcée, et certains ont été condamnés à des peines très sévères à l’issue de procès d’une flagrante iniquité.

Depuis le début de l’année 2018, Amnesty International a rassemblé des informations sur deux cas concernant au total quatre personnes condamnées à mort par le tribunal pénal spécialisé contrôlé par les Houthis qui se trouve à Sanaa. Il s’agit de Hamid Haydara, qui appartient à la communauté baha’ie du Yémen, et d’Asmaa al Omeissy, de Saeed al Ruwaished et d’Ahmed Bawazeer, qui ont été accusés d’avoir aidé un État ennemi. Les accusés ont été jugés dans le cadre de procès d’une flagrante iniquité ; ils ont été soumis à une disparition forcée, à une longue détention provisoire, à la torture et à d’autres mauvais traitements, et n’ont pas eu accès à des avocats.

Comme ces violations commises par les Houthis sont liées au conflit au Yémen, elles pourraient constituer des crimes de guerre.

La crise humanitaire

Le Yémen est actuellement le théâtre de l’une des pires crises humanitaires de la planète. Au moins 22,2 millions de personnes y ont un besoin urgent d’assistance humanitaire et plus d’un million de cas présumés de choléra y auraient été recensés. Cette crise a été déclenchée par l’homme. La guerre aggrave et exacerbe la situation humanitaire et toutes les parties en présence empêchent l’aide humanitaire d’arriver.

Après le lancement par les forces houthies, fin novembre, d’un missile visant des quartiers civils de Riyad, la capitale de l’Arabie saoudite, la coalition emmenée par l’Arabie saoudite a illégalement renforcé le blocus maritime et aérien du Yémen.

Ce blocus a depuis été allégé, mais la coalition continue d’imposer des restrictions en ce qui concerne l’aide et l’importation commerciale de biens de première nécessité tels que la nourriture, les médicaments et le carburant. La coalition affirme que ces restrictions représentent une mise en œuvre de l’embargo sur les armes décrété par l’ONU contre les Houthis, mais elles aggravent la crise humanitaire et contribuent à des violations du droit à la santé et du droit à un niveau de vie suffisant.

Des professionnels de la santé ont dit à Amnesty International qu’à cause du manque de fournitures médicales de base et des dangers liés aux combats tout proches, de nombreux établissements médicaux ont dû fermer ou suspendre leurs activités.


« Des milliers de civils yéménites ont perdu la vie et des millions d’autres risquent de mourir du fait de l’une des pires crises humanitaires que le monde ait connu depuis des décennies, a déclaré Lynn Maalouf.

« Cette longue liste de violations souligne à quel point il est nécessaire que la communauté internationale prenne des mesures fermes. La troisième déclaration du président du Conseil de sécurité sur le Yémen, qui est intervenue la semaine dernière, représente une mesure positive, mais nous allons surveiller de près la situation pour nous assurer qu’elle est appliquée sur le terrain. »

Complément d’information

En février 2018, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) a signalé que plus de 5 974 civils avaient été tués et que plus de 9 493 civils avaient été blessés au Yémen depuis mars 2015.

Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) de l’ONU, plus de 20 millions de personnes, soit 80 % de la population, ont besoin d’une aide humanitaire. Dans un rapport publié au début du mois, le HCR a déclaré que plus de deux millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays ont été recensées au Yémen.

Point positif, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a adopté en septembre 2017 une résolution chargeant un groupe d’experts d’enquêter sur les violations des droits humains et atteintes à ces droits commises par toutes les parties au conflit au Yémen, et d’identifier les responsables de ces actes, dans la mesure du possible.

Le 15 mars 2018, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté la Déclaration du président du Conseil de sécurité sur la situation humanitaire au Yémen. Cette déclaration représente une avancée en ce qui concerne le respect de l’obligation de rendre des comptes pour toutes les parties au conflit au Yémen. Elle appelle notamment les parties à faciliter l’entrée dans le pays des importations commerciales et humanitaires essentielles, et à respecter leurs obligations au titre du droit international humanitaire. Toutefois, aucun mécanisme de surveillance de la mise en œuvre de cette déclaration n’a été mis en place.


Source: amnesty.org

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