Cambodge. Les autorités doivent cesser de faire pression sur les États voisins pour qu’ils harcèlent les leaders de l’opposition

Les autorités cambodgiennes doivent cesser de faire pression sur les gouvernements voisins pour qu’ils harcèlent, intimident, arrêtent et placent en détention les ressortissants cambodgiens qui entretiennent des liens avec l’opposition politique interdite, a déclaré Amnesty International le 7 novembre 2019.


« Depuis quelques jours, une vague de harcèlement et d’intimidation déferle sur les Cambodgiens dans toute la région. Il est consternant que le gouvernement de Hun Sen tente de persuader les pays voisins de se rendre complices de ces abus flagrants », a déclaré Nicholas Bequelin, directeur régional pour l’Asie de l’Est et du Sud-Est à Amnesty International.

Plusieurs membres du Parti du sauvetage national du Cambodge (PSNC), mouvement interdit, ont été arrêtés ou menacés dans la région ces derniers jours, notamment en Indonésie, en Malaisie et en Thaïlande.

Mu Sochua, vice-présidente du PSNC, qui a la double nationalité cambodgienne et américaine, a été détenue pendant la majeure partie de la journée par les autorités malaisiennes à son arrivée à l’aéroport international de Kuala Lumpur, le 7 novembre au matin. Elle a par la suite été relâchée.

Ngoeum Keatha et Heng Seang Leang, deux autres citoyens cambodgiens, ont été arrêtés par les autorités malaisiennes depuis lundi. Après plusieurs jours d’incertitude quant à leur éventuelle expulsion vers le Cambodge, où ils auraient été exposés à de graves violations des droits humains, les autorités malaisiennes ont annoncé leur libération.


« Les autorités malaisiennes ont finalement pris la bonne décision. Mais elles n’auraient jamais dû arrêter ces trois personnes au départ. D’autres États de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE) doivent leur emboîter le pas et refuser de se rendre complices de ces atteintes aux droits humains imputables au Cambodge », a déclaré Nicholas Bequelin.

D’après des documents qu’Amnesty International a pu consulter, le 7 novembre, les autorités cambodgiennes ont révoqué arbitrairement les passeports de 12 Cambodgiens affiliés au Parti du sauvetage national du Cambodge (PSNC).

Amnesty International a reçu d’autres informations selon lesquelles, depuis quelques jours, les travailleurs migrants cambodgiens en Thaïlande sont soumis à une surveillance accrue et à des actes d’intimidation. Le 6 novembre, dans la province de Samut Prakan, la police thaïlandaise a dispersé un groupe d’une soixantaine de Cambodgiens et arrêté deux personnes, interrogées pendant des heures avant d’être relâchées. Le 4 novembre, dans la province de Pathum Thani, une dizaine de policiers ont encerclé la maison d’un Cambodgien, mais il s’était déjà enfui.

Le 6 novembre, avant de s’envoler pour la Malaisie, Mu Sochua prenait la parole lors d’une conférence de presse à Djakarta, en Indonésie, lorsque l’ambassadeur du Cambodge en Indonésie a interrompu l’événement et ordonné son arrestation. En octobre, elle s’est également vu refuser l’entrée en Thaïlande par les services d’immigration, les autorités cambodgiennes ayant envoyé des mandats d’arrêt contre des leaders du PSNC à plusieurs États membres de l’ANASE.

Les autorités cambodgiennes ont pris d’autres mesures afin d’entraver le retour des dirigeants du PSNC. Le 1er novembre, l’Autorité cambodgienne de l’aviation civile a menacé les compagnies aériennes de poursuites pour appui à un « coup d’État » si elles autorisaient Sam Rainsy, dirigeant du parti, à monter à bord d’un vol pour le Cambodge.

Le 7 novembre, Sam Rainsy s’est vu refuser l’embarquement sur un vol Paris-Bangkok. La veille, le Premier ministre thaïlandais Prayut Chan-o-cha avait affirmé que Sam Rainsy ne serait pas autorisé à regagner le Cambodge via la Thaïlande.

Complément d’information

Cette recrudescence d’actes d’intimidation, de harcèlement, d’arrestations et de menaces fait suite à la promesse de Sam Rainsy, qui réside en France, de rentrer au Cambodge ce samedi 9 novembre. Le Parti du sauvetage national du Cambodge (PSNC) a appelé à des manifestations massives ce jour-là. En réaction, les autorités cambodgiennes ont qualifié son retour planifié de tentative de coup d’État et lancé une dure répression contre les membres du PSNC.

Depuis le mois d’août, lorsque Sam Rainsy a fait cette promesse, au moins 45 anciens membres du parti ont été incarcérés et 92 accusés d’infractions à caractère politique, notamment de « complot contre l’État » et d’« attaque » pour avoir soi-disant soutenu le retour au Cambodge des leaders du PSNC installés à l’étranger. Les arrestations sont généralement menées sans respecter la procédure légale et sans mandats.

La répression a déjà eu des conséquences meurtrières au Cambodge. Le 30 octobre, Sam Bopha, militante du PSNC, a été tuée en garde à vue après avoir été arrêtée chez elle, dans la province de Svay Rieng.  Un autre militant du parti, Tith Rorn, est mort en détention peu après son arrestation arbitraire en avril. Aucune enquête indépendante n’a été menée sur les circonstances de sa mort, malgré la présence de blessures sur son corps correspondant à des coups.

Ces récents événements s’accompagnent d’une militarisation des provinces frontalières au Cambodge ; le Premier ministre Hun Sen a ordonné publiquement à l’armée d’attaquer tous les rassemblements de l’opposition qui se tiendront le 9 novembre. Les exercices militaires avec des balles réelles et le déploiement de soldats dans les villes et localités proches de la frontière thaïlandaise avivent encore les craintes quant à de possibles violences le 9 novembre.

Le président du Parti du sauvetage national du Cambodge (PSNC), Kem Sokha, est maintenu en détention pour « conspiration avec une puissance étrangère » depuis son arrestation en 2017. Après une année passée dans une prison de haute sécurité, il a été transféré et assigné à résidence sous des conditions très restrictives en septembre 2018.


Source: amnesty.org

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